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Comment l'IA transforme les méthodes de contrôle de la DGFiP

Photo du rédacteur: Agnès Serero
Agnès Serero
il y a 3 jours
5 min de lecture

Une transformation désormais au cœur de la stratégie de l’administration fiscale


L’intelligence artificielle n’est plus un sujet prospectif pour la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Après plusieurs années consacrées au développement d’outils de ciblage et d’analyse de données, l’administration fiscale a franchi une nouvelle étape en faisant de l’IA un axe structurant de sa transformation numérique.

Cette accélération s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation de l’État. En juin 2026, le ministère de l’Économie a créé la Direction de l’Intelligence Artificielle et du Numérique (DIAN), chargée de piloter la stratégie numérique et le développement de l’intelligence artificielle au sein des ministères économiques et financiers (MEF). Cette évolution illustre la volonté des pouvoirs publics de faire de la donnée et de l’IA des outils de performance administrative, de lutte contre la fraude et d’amélioration du service rendu aux usagers.

Parallèlement, la DGFiP a déployé sa plateforme souveraine d’intelligence artificielle générative, DIANE, destinée à assister les agents dans leurs travaux quotidiens. Conçue pour garantir la confidentialité des données fiscales, cette plateforme permet notamment d’effectuer des recherches documentaires avancées, d’exploiter plus efficacement les bases de connaissances de l’administration et d’assister les agents dans certaines tâches de rédaction et d’analyse.

Ces initiatives s’ajoutent aux dispositifs déjà déployés de datamining et d’analyse prédictive utilisés pour la détection des anomalies et l’orientation des contrôles fiscaux. Elles traduisent une transformation profonde : la DGFiP évolue progressivement d’une administration qui traite l’information vers une administration capable d’exploiter massivement les données pour identifier les risques, cibler ses investigations et renforcer l’efficacité de ses interventions.

Pour les entreprises, cette évolution est loin d’être anecdotique. Elle modifie progressivement la manière dont les contrôles sont sélectionnés, préparés et conduits. Le contrôle fiscal devient de plus en plus un exercice de vérification de la cohérence globale des données et de la substance économique, plutôt qu’un simple examen de pièces ou de déclarations isolées.

L’enjeu n’est plus seulement de produire une documentation conforme. Les entreprises doivent désormais être en mesure de démontrer que les données déclarées, les politiques fiscales retenues et la réalité opérationnelle de leurs activités racontent la même histoire.


Le contrôle fiscal change de nature

Pendant longtemps, le contrôle fiscal reposait principalement sur l’exploitation des déclarations, des pièces comptables et de l’expérience des vérificateurs.

Ce modèle évolue rapidement.

La DGFiP dispose aujourd’hui de capacités d’analyse lui permettant de croiser des volumes importants de données fiscales, patrimoniales et économiques afin d’identifier des situations atypiques ou des incohérences avant même l’ouverture d’un contrôle.

Le changement est majeur : le contrôle fiscal n’est plus principalement déclenché par un signalement, une dénonciation ou une sélection aléatoire. Il devient de plus en plus prédictif.


D’une logique déclarative à une logique de cohérence globale

L’apport principal de l’intelligence artificielle n’est pas de remplacer le vérificateur.

Il consiste à permettre à l’administration de rapprocher et d’analyser simultanément des masses d’informations qui étaient auparavant difficiles à exploiter.

La DGFiP explique utiliser l’intelligence artificielle pour :

  • détecter certaines fraudes ;

  • analyser des données massives ;

  • guider les usagers ;

  • assister les agents ;

  • automatiser certaines tâches répétitives.

Pour les entreprises, cela signifie que l’administration peut désormais examiner beaucoup plus facilement la cohérence entre :

  • les déclarations fiscales ;

  • les données de TVA ;

  • les informations issues des échanges internationaux ;

  • les données publiques ;

  • les informations disponibles auprès d’autres administrations ;

  • la réalité opérationnelle de l’entreprise.

L’enjeu n’est plus seulement de produire une documentation juridiquement correcte. Il est de démontrer que les données déclarées reflètent réellement l’activité exercée.


Le datamining est déjà au cœur de la programmation des contrôles

La révolution avait déjà été amorcée par le datamining.

Depuis plusieurs années, la DGFiP développe des outils fondés sur l’apprentissage automatique pour identifier les dossiers présentant les probabilités les plus élevées d’anomalie ou de fraude.

Le système CFVR (Ciblage de la Fraude et Valorisation des Requêtes) constitue aujourd’hui l’un des piliers de cette stratégie. Grâce à l’exploitation d’importants volumes de données, l’administration est en mesure d’orienter une part significative de ses contrôles fiscaux vers les dossiers présentant les risques les plus élevés.

Cette approche conduit naturellement à une surveillance renforcée de certains sujets déjà bien identifiés des fiscalistes :

  • prix de transfert ;

  • établissements stables ;

  • TVA ;

  • crypto-actifs ;

  • management fees ;

  • dispositifs internationaux ;

  • cohérence des déclarations au sein des groupes.

Les contrôles sont ainsi davantage orientés par des signaux de risque détectés dans les données que par un examen aléatoire des contribuables.


L’exemple des piscines n’est que la partie visible de l’iceberg

Le projet Foncier Innovant a fortement médiatisé l’utilisation de l’IA par l’administration fiscale.

En rapprochant des images aériennes avec les données cadastrales et fiscales, la DGFiP est capable d’identifier certaines constructions non déclarées, notamment des piscines ou des extensions immobilières.

Mais ce projet est en réalité révélateur d’un mouvement beaucoup plus large.

La logique poursuivie consiste à systématiser le croisement automatisé des données afin d’identifier les écarts entre la situation déclarée et la situation observée.

Appliquée aux entreprises, cette démarche conduit naturellement à des analyses toujours plus fines de la substance économique et des fonctions réellement exercées.

Dans le domaine des prix de transfert, cette évolution signifie que l’administration est davantage en mesure de confronter les fonctions décrites dans la documentation aux données économiques, comptables et opérationnelles dont elle dispose.


L’arrivée de l’IA générative : vers une administration «augmentée»

L’intelligence artificielle générative marque une nouvelle étape dans la transformation de la DGFiP.

Avec la plateforme DIANE, l’administration ne se limite plus à l’analyse statistique des données. Elle met également à disposition de ses agents des outils capables de rechercher, synthétiser et exploiter plus efficacement l’information.

L’objectif affiché n’est pas de remplacer l’expertise humaine mais de permettre aux agents :

  • d’accélérer leurs recherches documentaires ;

  • de mieux valoriser les connaissances internes ;

  • d’identifier plus rapidement certaines problématiques ;

  • de réduire le temps consacré aux tâches à faible valeur ajoutée ;

  • d’améliorer la qualité et l’accessibilité des réponses apportées aux usagers.

Cette capacité à mobiliser rapidement l’information renforce mécaniquement l’efficacité de l’action administrative et sa capacité à traiter des dossiers complexes.


Une administration toujours plus pilotée par la donnée

Au-delà des outils eux-mêmes, c’est la méthode de travail de l’administration qui évolue.

Le Schéma directeur du numérique de la DGFiP montre que la donnée devient progressivement un actif stratégique de l’administration fiscale. L’objectif n’est plus seulement de collecter l’information, mais de l’exploiter de manière intégrée grâce à des outils d’analyse avancés, des processus automatisés et des capacités d’intelligence artificielle.

Cette évolution rapproche la DGFiP des grandes administrations fiscales internationales qui fondent désormais leur action sur l’exploitation des données à grande échelle.


Ce que les entreprises doivent en retenir

La principale conséquence pratique est simple : la qualité technique d’une déclaration ne suffit plus.

Les entreprises doivent désormais être capables de démontrer la cohérence d’ensemble de leur modèle :

  • cohérence entre prix de transfert et réalité opérationnelle ;

  • cohérence entre documentation et fonctions effectivement exercées ;

  • cohérence entre informations fiscales, financières et publiques ;

  • cohérence entre les données présentes dans les différents systèmes d’information ;

  • cohérence entre les flux déclarés et la substance économique effectivement déployée.

Dans un environnement où l’administration croise davantage de données et dispose d’outils de ciblage de plus en plus sophistiqués, la meilleure stratégie demeure la prévention.

Cette préparation suppose de réaliser régulièrement des revues de risque, de vérifier la cohérence des documentations existantes et d’identifier les écarts éventuels entre les modèles décrits et les opérations réellement exercées.

Le contrôle fiscal de demain n’examinera probablement pas uniquement ce que l’entreprise déclare. Il cherchera surtout à vérifier que l’ensemble des données dont dispose l’administration racontent la même histoire. C’est précisément sur cette cohérence globale que se concentrent désormais les nouvelles méthodes d’analyse de la DGFiP.



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